Les controverses monétaires internationales n’ont pratiquement pas cessé depuis les lendemains la Première Guerre Mondiale. Mais depuis les grands débats sur le régime de change dans les années quatre-vingts, elles avaient perdu en acuité, et se focalisaient plus sur les choix offerts à chacun des pays pris individuellement – jouer les changes fixes ou les changes flottants, adhérer ou pas à l’euro – que sur le système pris dans son ensemble.
Depuis 2008, la question du système monétaire international a fait retour dans les discussions multilatérales. Souvent soupçonné d'avoir créé des conditions favorables à la crise, le SMI a été mis en cause par le gouverneur de la banque centrale de Chine, Zhou Xiaochuan, dans un papier de mars 2009 qui a relancé la discussion internationale. Dans ce contexte, le Fonds monétaire s’interroge sur la réforme de l’organisation monétaire et financière internationale, et la Corée, en 2010, comme la France, en 2011, ont annoncé leur intentions de faire des réformes du SMI l’une des priorités de leurs présidences du G20.
Deux raisons expliquent ce retour des débats monétaires :
- La première tient au rôle qu’ont joué les déséquilibres de paiements internationaux dans la genèse de la crise. Le SMI est mis en cause pour avoir contribué à ces déséquilibres en retardant les ajustements nécessaires aux Etats-Unis : émetteurs de la monnaie internationale, ceux-ci ont bénéficié d’un afflux ininterrompu de financements étrangers. En conséquence les taux d’intérêt à long terme sont restés bas, ce qui a nourri la spirale d’endettement. Diverses thèses s'affrontent d'ailleurs quant aux causes de cette configuration : Dooley et al. [2003] avaient qualifié de Bretton Woods II l'équilibre selon lequel la Chine pourvoyait les Etats-Unis en biens bon marché, en fournissant simultanément le financement à travers l’accumulation de réserves par sa banque centrale. Mais selon la thèse de l'asset shortage [Caballero et al., 2008], l’appétit pour les actifs américains a été alimenté par l’insuffisance ailleurs dans le monde d’actifs sûrs et liquides, dont les investisseurs institutionnels sont friands.
- La seconde raison tient au comportement d’accumulation de réserve par les banques centrales des pays émergents, particulièrement asiatiques. Après les crises de change de 1997-98, de nombreux pays ont commencé à s’auto-assurer en accumulant des avoirs en dollars, afin de pouvoir parer à un éventuel retrait de capitaux, tandis que d’autres, à commencer par la Chine, achetaient des dollars dans le but d’éviter une appréciation de leurs monnaies et de maintenir des modes de croissance extravertis. L’accumulation de réserves par les pays émergents, pour des montants sans précédent, sonne ainsi comme un vote de défiance à l’égard du système international.
Au delà de la question rétrospective sur les facteurs monétaires de la crise financière, le débat s'est engagé sur les voies de réforme. A court terme, la discussion internationale porte sur les moyens de remédier aux déficiences immédiates du système : inadéquation du système de changes, incitations à l'accumulation de réserves, faiblesse de la surveillance multilatérale. A moyen terme la question principale est celle de l'inadéquation entre une économie mondiale de plus en plus multipolaire et un système monétaire organisé autour d'une monnaie dominante.
Le séminaire sera d'abord l'occasion de revisiter les analyses du système monétaire international, de son rôle et de ses dilemmes. Une part sera également faite à l'examen des leçons du passé. On abordera ensuite les critiques sur l'organisation actuelle des relations monétaires internationales et la discussion sur les voies de sa réforme.
Après une introduction par l'enseignant, le séminaire s'organisera autour des contributions des étudiants, sous forme de présentations d'articles et d'exposés.
Le séminaire fait suite au cours de Politique Economique, mais il n'y est pas lié. Il commencera en janvier 2011.